Réemploi des Matériaux : Un Impératif Écologique dans le BTP à Marseille

Hugues Verneau Articles écoconstructions

La Croissance du Réemploi : Une Tendance Prometteuse à Marseille

La croissance de la filière du réemploi dans le secteur du BTP s’intensifie actuellement en France.

Bien qu’elle accuse un léger retard par rapport à certains pays nordiques, de nombreuses villes françaises ont observé ces dernières années l’émergence de nouvelles plateformes et l’apparition de professionnels spécialisés dans le réemploi.

Cette évolution s’explique par la nécessité urgente d’agir, rappelons que le secteur du BTP génère à lui seul 70 % des déchets en France et contribue à hauteur d’un quart aux émissions de gaz à effet de serre.

Dans un article antérieur intitulé «La massification du réemploi en France», j’ai abordé le développement de cette filière à l’échelle nationale. Aujourd’hui, nous allons nous pencher sur les défis liés au réemploi spécifiquement dans la ville de Marseille.

La ville de Marseille, qui se classe comme la deuxième agglomération la plus peuplée de France, affiche un retard significatif dans son avancement en matière de développement écologique et social.

En ce qui concerne le réemploi, elle semble également accusé un léger retard. Ces observations peuvent être illustrées en examinant deux cartes à l’échelle nationale :

http://umap.openstreetmap.fr/fr/map/carte-des-acteurs-du-reemploi-des-materiaux-de-con_179599#6/48.429/5.131

https://carte-des-acteurs-du-reemploi.gogocarto.fr/annuaire#/carte/@46.96,0.61,6z?cat=all

Marseille affiche donc un retard à combler, et mes recherches sur le sujet indiquent que la pratique du réemploi est actuellement en plein essor. Ainsi, j’ai décidé de m’y pencher de plus près, en entamant des discussions avec des architectes et d’autres acteurs du réemploi à Marseille. Voici donc une synthèse des acteurs du réemploi et des enjeux actuels de la filière.

CARTE DES ACTEURS

carte acteur réemploi sur Marseille

Le Rôle des Architectes dans la Promotion du Réemploi

Des concepteurs qui stimulent et favorisent la pratique

Comme nous pouvons le voir sur la carte ci-dessus, il existe une grande diversité d’acteurs du réemploi.

La prédominance se trouve parmi les cabinets d’architecture, principalement engagés dans la maîtrise d’œuvre. Il est toutefois notable de constater que leurs méthodes s’élargissent parfois vers l’assistance à la maîtrise d’ouvrage (comme Atelier Aïno, Faire Avec, Olivier Moreux Architecture Alternatives…) voire même vers le bureau d’étude (BELLASTOCK).

Certains se spécialisent dans des domaines spécifiques, tels que les Ateliers Laissez Passer, qui se consacrent au réemploi de matériaux portuaires déclassés, avec une orientation plutôt axée sur le design ou le second œuvre, comme l’Atelier Charbon.

Il semble donc que ces concepteurs encouragent la pratique du réemploi dans le secteur du BTP, étant souvent sensibles à l’impact environnemental de leurs réalisations. Il est intéressant de noter que certaines entreprises ou plateformes, sont également  à l’initiatives d’architectes: par exemple RAEDIFICARE qui est une entreprises œuvrant pour la déconstruction en vue du réemploi.

Elle a été fondé par Valérie Decot qui est elle-même architecte à Marseille et a pratiqué une vingtaine d’année en maitrise d’œuvre.

L’association RAEDIVIVA : fédérer les acteurs du réemploi 

En 2016, Raedificare a été créé, devenant un acteur majeur du réemploi à Marseille aujourd’hui. En 2021, l’entité s’est scindée en deux entités distinctes : la SAS Raedificare pour ses activités économiques, et l’association qui a pris le nom de Raediviva. Cette dernière a pour mission de fédérer les acteurs de la filière et de promouvoir la culture du réemploi à l’échelle régionale.

J’ai eu l’opportunité de participer au 2e forum sur le réemploi des matériaux dans le BTP en novembre 2023, rassemblant de nombreux acteurs du réemploi ainsi que des maîtres d’ouvrage tels que des promoteurs, des aménageurs, des bailleurs sociaux, des assureurs et diverses entreprises intéressées par cette pratique.

Les membres de l’association, représentant un large éventail d’acteurs, ont collaboré sur divers sujets, notamment les thèmes « bailleurs sociaux », « assurances » et « plateformes ».

Ils se retrouvent autour de tables rondes pour discuter et imaginer de nouvelles solutions pouvant faire évoluer la pratique. Le constat général de ce forum était qu’il est important aujourd’hui de rendre la pratique du réemploi dans le BTP plus fluide, de coordonner les différents acteurs, de trouver des outils communs, en d’autre termes : « professionnaliser » la filière réemploi.

A ce sujet, il me semble important de noter une petite victoire, le Syndicat Professionnel du Réemploi dans la Construction (SPREC) est né en 2022, il participe au renforcement de la pratique à l’échelle nationale.

L’association RAEDIVIVA, acteur majeur du réemploi
@Amino Studio

Le besoin de former des entreprises spécialisés

Un témoignage de Charlotte Lovera : Ayant travaillé sur des projets à Paris et à Marseille, elle a constaté qu’il était bien plus aisé de trouver des entreprises adaptées à Paris. Elle parle une expérience particulière à Septèmes-les-Vallons, tout proche de Marseille, pour un projet de réhabilitation de 19 logements, où la recherche d’une entreprise pour la dépose des faux plafonds s’est révélée particulièrement compliquée.

Cela peut-être en raison de la taille modeste du lot qui le rendait peu attractif pour les entreprises. Cependant, cette anecdote est intéressante car c’est finalement l’entreprise de gros œuvre qui a pris en charge la tâche, adaptant son savoir-faire sur le terrain et se formant au fur et à mesure, guidée par les architectes. 

Des maitrises d’ouvrage qui s’emparent du sujet

Comme mentionné précédemment, lors du forum sur le réemploi organisé par RAEDIVIVA, de nombreuses maîtrises d’ouvrage étaient présentes. L’une d’entre elle était la commune de Septèmes-les-Vallons. La première adjointe a pris la parole concernant leur projet d’amélioration de l’habitat, pour lequel l’Atelier Aïno était mandataire.

La municipalité s’est activement engagée dans la démarche du réemploi en collaborant étroitement avec l’agence d’architecture.

Elle a mis à disposition une ancienne cave pour le stockage des matériaux déposés soigneusement, une partie étant destinée à la rénovation des logements, tandis que l’autre faisait l’objet de dons aux habitants de la commune. L’élue a exprimé l’importance pour elle de « parler réemploi ».

En d’autre mots, communiquer le sujet de manière informelle lui permet d’exister et de croitre.

Voici les paroles d’Olivier Moreux sur un autre exemple de maîtrise d’ouvrage qui s’empare du sujet : « Actuellement, en collaboration avec le bailleur LogiMed (1001 vie habitat), nous suivons un projet d’aménagement de bureaux intégrant activement une démarche de réemploi dès la phase de consultation des entreprises. L’objectif est d’inciter les entreprises à maximiser l’utilisation de matériaux de réemploi.

Pour ce projet, nous visons un taux supérieur à 50 % de matériaux de réemploi, non seulement dans les lots de second-œuvre, mais également dans les lots techniques comprenant les équipements de chauffage, de ventilation, l’éclairage, et la sécurité incendie.

C’est une nouveauté pour nous, car nos précédents projets se limitaient généralement au réemploi dans la décoration.

Avant le lancement du projet, des discussions préliminaires ont eu lieu avec les services marchés et les services juridiques du bailleur afin de définir la manière de rédiger les pièces marchés et d’organiser une consultation des entreprises favorisant le réemploi. »

Plateformes numériques et physiques

La ville de Marseille souffre d’un manque de plateforme physique d’envergure dédiée au réemploi, contrairement à d’autres villes. Bien que La Réserve des Arts soit une plateforme physique axée sur le réemploi, elle est relativement petite et ne présente pas un grand intérêt pour le secteur du BTP, se concentrant principalement sur la récupération d’éléments du secteur culturel, de la scénographie, des tissus, etc., avec peu d’éléments de construction. Certains professionnels de la déconstruction, tels que Recycle Avenir, Soli’Bat et R+Eveil, revendent des matériaux, mais les options sont encore limitées.

Olivier Moreux m’explique qu’il travaille souvent avec R+Eveil ou RAEDIFICARE, mais que lorsqu’il a besoin de plus il s’oriente vers d’autres plateformes comme Bobi Réemploi ou Mineka à Lyon, ou encore Masréemploi à Montpellier.

Cependant des projets émergent. Par exemple la plateforme Cycle Up s’installe à Marseille, mais il reste à voir s’il créeront une plateforme physique. Le collectif Le Phare, regroupant neuf acteurs de l’économie circulaire, cherche également un lieu d’installation commun, mais la question du foncier pose problème.

Un projet récent de Marséa, réunissant de nombreux entrepreneurs du Nord de Marseille, vise à créer le LAB DU REEMPLOI, une plateforme d’envergure qui servirait également de lieu d’expérimentation et de transmission.

Actuellement, RAEDIFICARE est la principale plateforme numérique de réemploi à Marseille, proposant un inventaire en ligne avec des fiches détaillées pour chaque élément réemployable.

Cependant, il y a une contrainte, car généralement, il faut se rendre directement sur le site de déconstruction. Une réflexion intéressante de Valérie Decot concerne la temporalité. Souvent, avant de déconstruire, on sollicite RAEDIFICARE un an à l’avance, pour le diagnostic et la mise en ligne des matériaux.

Cependant, du côté de la maîtrise d’ouvrage, les besoins sont souvent immédiats. Ils travaillent actuellement sur une plateforme numérique optimisée appelée « Lifewaste2build » pour Toulouse, un projet financé par l’Europe.

Ce projet vise à déployer des outils tels que la géolocalisation, avec les maîtres d’ouvrage chargés de mettre eux-mêmes les matériaux en ligne et d’inciter les maîtres d’œuvre à renseigner leurs besoins bien à l’avance dans un « catalogue des besoins ».

JULIETTE BOUCHEND’HOMME

Architecte D.E